L’association la Mouette ODF fait la promotion de la bureautique libre et soutient les projets novateurs comme l’Open Document Format… Cependant, nous avons les plumes qui grattent en ce moment…
Il est toujours difficile de commenter le travail d’autrui autrement qu’en le félicitant. Nous savons que créer un projet d’entrepreneur bureautique d’envergure est un travail long, difficile, loin des paillettes et des médias sociaux, pas facile à expliquer à son entourage. Non, nous ne réparons toujours pas les imprimantes mais on les paramètre.
Quelques projets de bureautique « open source » ont été lancés ces derniers temps, parfois des dérivés d'une suite collaborative originaire d'un grand pays de l'Est. Parfois, un partenariat existe avec un célèbre nuagiciel de l’opensource pour former un écosystème construit.
Nous pourrions alors croire en l'avenir flamboyant de l'open source appliqué aux documents.
Les arguments marketing qui les accompagnent nous laissent parfois dubitatifs, notamment en ce qui concerne la « compatibilité Microsoft » .
Alors que le but affiché est de fournir une alternative « professionnelle et souveraine » à la célèbre suite bureautique Office, les vaillants entrepreneurs (que nous félicitons encore pour la prise de risque) adoptent, mettent en avant, avec une aisance déconcertante, la principale caractéristique contestée de cette suite propriétaire : son format baptisé OpenXML. Les fameux fichiers en extension .docx, .xlsx et .pptx.
Oui, Open, comme ouvert, libre.
En réalité, une liberté très virtuelle, puisque la version originelle « OpenXML Strict » norme ISO/IEC 29500 n'est réellement utilisée par bien peu de personnes en conscience, les spécifications sont rarement mises à jour et aucune implémentation libre n'est fournie par son principal auteur à notre connaissance.
L'écriture d'une implémentation parfaitement conforme nécessiterait, de la part de la communauté du logiciel libre, un investissement considérable et permanent, sans garantie d'obtenir un résultat réellement durablement satisfaisant.
En effet, une partie de la spécification OpenXML repose sur le comportement de Microsoft Office, comportement qui n'est pas documenté de manière exhaustive et qui évolue à chaque version. C’est un peu la loi de l’innovation. La cible est mouvante et la transmission des connaissances ne fait pas réellement partie du système.
La connaissance rend libre, le partage la rend durable.
Bref, les projets libres et opensource sont placés dans une situation de vassalisation, toujours à la remorque de la suite bureautique leader de son marché tout en cumulant les difficultés de compatibilité.
C’est plutôt d’une OpenDependance dont il faudrait parler.
En conséquence, soyons donc clair, aucune librairie tierce libre, fiable, complète, n’existe pour donner la compatibilité OpenXML à un projet de bureautique quelle que soit l’honorabilité et la compétence de la structure porteuse du projet.
Lorsque l'on nous présente alors la compatibilité Microsoft comme « excellente » ou « native », à grand renfort de tableaux remplis de coches vertes indiquant les fonctionnalités prises en charge, La Mouette s'interroge...
Les éditeurs ont nécessairement dû faire des hypothèses et des compromis sur les attributs réellement pris en charge.
Nous lisons toujours avec intérêt ces livres blancs destinés aux « décideurs », le constat est toujours fréquent voir permanent : aucune trace de benchmark indépendant : il faut simplement faire confiance à l'éditeur. On est compatible parce qu'on vous le dit ! La méthodologie, les résultats et les jeux d'essais sont absents.
Le logiciel libre repose pourtant sur la transparence. Vous êtes compatible, on doit pouvoir le vérifier.
Votre lessive lave plus blanc et respecte les couleurs ? Prouvez-le ! Je veux le rapport de test selon norme ISO 6330 (lavage domestique), l'ISO 105-C06 (solidité des couleurs).
L’ISO des benchmarks des documents reste à construire.
Ajoutons pour finir que cette communication marketing fait également oublier que personne ne propose une compatibilité complète avec Visual Basic for Applications (VBA). Et malheureusement, une compatibilité parfaite exigerait de réécrire Word ou Excel puisque les fonctions VBA sont intimement liées à la structure des données manipulées. Python semble offrir des perspectives intéressantes.
Les mauvaises pratiques compliquent les migrations d’un logiciel vers un autre (comme le recyclage de documents issus des très anciennes versions de Word, l'utilisation de polices défectueuses ou exotiques, mal adaptées à la langue locale ) et qu'une véritable stratégie de migration documentaire est souvent absente, remplacée par la croyance dans la promesse du « 100 % compatible ».
Autant de réalités qui atteignent les aussi vaillantes équipes de support, confrontées aux documents des utilisateurs et chargées, malgré tout, de faire vivre les promesses du marketing. (N1, N2, N3, on vous salue!)
L'avenir des documents ne devrait appartenir à aucun éditeur, mais à leurs utilisateurs. C'est pourquoi nous continuons de faire vivre l'Open Document Format : un standard ouvert, indépendant de tout monopole, auquel chacun peut contribuer. Peut-être serez-vous l'un de ses prochains héros.